
Dessins troncs arbres/ début printemps 2019 (une année après le début du diagnosti du cancer orl/protocole mai 2018 à l’ hiver 2019)
Fiche technique:
Dessins réalisés au critérium, en effet avec un critérium pas nécessaire de tailler la mine(2B), petit détail d’importance face à la grande fatigue.
Carnet de dessin de voyage 20×20 fond cartonné, cette dimension est idéale pour dessiner dans un lit et le fond cartonné permet un appui tout en restant légèrement en position de repos (grain 180gr ensuite du 460gr).
Témoignage:
Retour vers la vie créative au printemps 2019.
A cette époque je suis dans un lit médicalisé à mon domicile et avec difficulté j’ essaie de m’asseoir, mon immense fatigue ne me permet pas de tailler un crayon !
Je demande à ma meilleure amie de m’acheter un critérium, plutôt gras, du 2B, ce qui facilitera l’action de la pointe de la mine sur le papier à dessin à gros grain, le gros grain donne un aspect grumeleux au papier, c’est inspirant .
Le contact avec le papier, le bruit du crayon qui navigue sur la feuille… mon imagination batifole, je pense à la nature, aux arbres, oui les arbres j’aimerais les voir les toucher, ils surgissent sur ma feuille.
L ‘arbre c’est l’enracinement, les écorces nous renvoient à l’idée d’un être écorché, c’est aussi la trace du temps, chaque nervure raconte une histoire, c’est un retour aux origines du monde un retour vers son arbre généalogique, d’ailleurs quelques temps plus tard j’entame avec mon petit fils des recherches à ce sujet.
Je suis dans une bulle mentale, mes difficultés à parler, suite aux rayons, ne facilitent pas mon retour au monde.
Je me souviens de mon seul souhait lors de mes différentes hospitalisations : avoir le lit près de la fenêtre pour regarder les nuages.
La terre, les fleurs, le ciel, les gouttes de pluie, l’orage, le soleil, la lune, la nuit, les étoiles, toute cette nature me manque.
Avec ce carnet à dessin sur mes genoux, cette odeur de neuf, me voilà projetée sur les bancs de l’école le jour de la rentrée des classes, à présent je suis dans du concret, du sensuel, un petit rien procure dans ces moments-là une grande joie impossible à partager.
Après plusieurs semaines, je découvre avec étonnement, une nouvelle facette de mon expression pictuale en noire et blanc, jusqu’à présent mes croquis servaient uniquement mes projets de tableaux.
je plonge avec enthousiasme dans ce nouvel univers, telle une enfant dans un bac à sable.
Cette découverte sera fondatrice quelques mois plus tard, pour les futures illustrations de mon conte : » P ‘ Nuage » ; actuellement toujours en cours de réalisation (mai 2024)
Puis dans un deuxième temps j’ observe mes créations avec un regard psychanalytique et je m’ aperçois que tous ces troncs d arbres ressemblent à mon cou, avec l’ endroit de l’opération très net sur certains dessins et une sorte de « foulard / ombilical » qui semble s’enrouler sur ce » tronc / cou « .
Puis 3 mois plus tard le foulard disparaît.
C ‘est à la même période que je me libère de tous mes tuyaux, sonde gastrique au ventre, cathéter au bras, je peux enfin prendre une douche et me retourner à volonté au fond du lit, un vrai bonheur, le cordon ombilical est coupé ! ( 12H pour recharger les produits alimentaires).
Et petit à petit les troncs sont plus droits, moins tordus (certainement en échos avec la formule : se tordre de douleur) et ils deviennent plus épurés.
je m’allège la tête.
J’ ai longtemps souffert d’ une sensation très pénible d’ étouffement et lorsque je commence à aller mieux je ne dessine plus ce fameux « foulard étrangleur » !
Cette idée d’étranglement me transporte à ma naissance, j’ai eu le cordon ombilical autour du cou qui m’étranglait, je suis toute bleue, je suis ranimée.
Etrange ce copié collé de situation…comment le bébé que j’étais a vécu cette situation, je n’ai pas la réponse mais mon corps a gardé en mémoire ce moment traumatisant, c’est certain.
Peut être que ce qui m’arrive sera l’occasion de me libérer de cette emprise invisible, l’avenir le dira.
Sinon, je trouve l’ensemble de l’expression des dessins très « organique » presque radiographique, une sorte de coupe médicale après opération.
Toutefois concernant les derniers dessins, je ressens une sorte de tranquillité installée, ancrée au sol avec l’objectif de m’élever spirituellement, mieux me CO »naître…Re’naître à soi et aux autres.
Définition du préfix « CO » :
« CO: préfix, du latin cum, avec, ensemble, rentrant dans la composition de nombreux mots où il indique l’association,la participation,la simultanéité. »
C ‘est évident: l’inconscient a parlé !
Réflexion psychanalytique:
Du côté psychanalytique le tronc d’arbre peut symboliser une sorte de totem, un élément phallique soumis ici à une forme de castration, extraction de ganglions et risque de perdre la voix et de ce fait la voie…un anéantissement intérieur très violent et cette éventualité me terrifia !
Comment envisager une vie sans la parole, le langage est ce qui nous construit, ce qui nous ouvre au monde.
- « Cancer à la base de la langue », c’est comme un leitmotiv, « ça » tourne dans ma tête, voilà c’est « ça » …ne pas me laisser submerger par le « ça » ce lieu de nos pulsions primaires inconscientes, je dois revenir à moi, c’est comme un étourdissement, une mauvaise » Chutttttttt » …revenir à moi, rester consciente, je me rappelle cette phrase de Freud :
» là où était du Ça, du Moi doit advenir ».
Pour Lacan le Ça est le lieu du signifiant l’endroit où Ça parle du sujet avant qu’il parle.
Petit retour sur les périodes « signifiantes » de ma vie
J ‘ai été sourde et j’ai perdu l’odorat pendant une année vers mes 10 ans (déjà en raison de problèmes orl/ ganglions congénitaux ) je rêvais de devenir pianiste, c’est balaud !
A partir de ce moment, totalement enfermée en moi même, l’image devient le centre de mon univers, et depuis l’axe principal de mes recherches et créations.
Puis à 25 ans une Kératite à un œil me « bouche » la vue d’un côté durant 6 mois, à 33 ans je suis mutique durant une année et à présent me voilà avec une » langue » qui menace mon expression orale d’extinction.
… »Ça » donne à réfléchir!
je me définie comme une « plasticienne en quête de sens » ! quelle ironie mais c’est bien « vue » !
Et n’oublions pas la perte de goût liée à la chimio et je garde comme séquelle l’impossibilité de déglutir correctement, une dysphagie qui me complique gravement la vie, toujours d’actualité (mai 2024).
Et pour finir, au moment où je me destinais à retourner dans le monde vers l’hiver 2020, celui-ci se confine le 20 mars et… nouvelle expérience, collective cette fois, mais j’ai de l’entrainement côté adaptation, tranquillement je m’installe dans mon fauteuil, bloc de dessins et crayon en main, je dessine 10 h par jour durant les 2 mois, je reviendrai plus tard à la fois sur la création de ce moment particulier et sur mon ressenti personnel.
Une réflexion me taraude:
Suis-je venue sur terre expérimenter les 5 sens…c’est une interrogation permanente et je n’ai visiblement pas d’autre choix que la sublimation à réinventer à chaque nouveau blocage.
j’ai créé en 2005 un concept artistique devenu un centre d’art en Mauritanie : les ateliers MUR MUR, destinés à ouvrir un espace de création aux enfants murés dans le silence pour des raisons psychologique, sociologique, etnique où de santé…et en 2017 mon dernier film voyage en France, en Afrique, je suis encore interpellée par le titre que j’ai choisi:
» L’ âme silencieuse » .
Nos créations artistiques nous parlent, ce sont des « outils » de connaissances réparateurs.
Je peux ouvrir un magasin avec un choix multiple!
L ‘art thérapie se situe sans doute de ce côté, le prochain sentier au milieu du champ…!
Mais il faut aussi souligner l’aspect d’un temps suspendu lors de la concentration au cœur d’une création, les angoisses peuvent un temps se calmer, l’apaisement est ponctuel.
C’est l’expérience du temps présent, pas de passé ni futur, la psyché se centre uniquement sur l’acte.
Toutefois l’acte artistique seul ne solutionne pas les perturbations inconscientes, un travail thérapeutique avec une personne compétente est indiqué si un conflit interne est récurrent et ne permet pas à la personne d’être en place de sujet.
Un être assujetti, n’est plus en position de sujet mais il est l’objet de ses pulsions inconscientes, il est a’sservi, a’ssujetti et devient hors de lui, l’expression populaire le dit:
» j’étais hors de moi «
Ce A privatif, nous prive de l’essentiel, de notre être profond, naître où ne pas n’être, telle est la question !
( se rapporter à la problématique de ma naissance et je comprend mieux pourquoi depuis ma tendre enfance je suis habitée par les questions existentielles)
Pour Lacan l’inconscient est structuré comme un langage et retrouver » Lalangue » permet de s’incarner dans » le symbolique » .
» IL n ‘y pas de malentendu que des malentendants » Lacan.
définition du symbolique de Lacan :
» le symbolique est le registre du langage. Il est, dans la perspective de Lacan, ce qui va sortir le sujet de l’unité fusionnelle qu’il vivait avec sa mère et le confronter au monde extérieur. »
Mes premiers dessins depuis ce problème de santé représentent des troncs d’arbre, sans branche, sans feuille.
Un aspect sec et aride est notable dans ces dessins, sans doute le reflet d’une vie peut nourrissante au sens propre et figurée( je visualise en permanence des repas, des boissons) et avec des produits agressifs pour le corps qui assèchent les muqueuses.
Mais au delà d’une interprétation projective, c’est du côté du signifiant et de sa charge émotionnelle inconsciente que je désire porter l’attention, ces dessins sont en résonance avec le vécu du cancer, celui de mon histoire personnelle de mon rapport à la nature, de mon lien avec ma famille, la société etc….
Ces dessins ressemblent à des totems, auxquels je me suis accrochée plusieurs mois.
définition du totem:
« ils servaient à raconter l’histoire des familles et des clans autochtones et à préserver le récit des événements historiques importants.
C’ est un objet rituel présent dans différentes sociétés traditionnelles, qui peut servir comme emblème d’un groupe de personnes comme une famille, un clan ou une tribu. »
Cette définition me parle, lors de l’annonce de la maladie j’étais au coeur de plusieurs projets artistiques avec 3 autres amis artistes, et nous sommes tous les quatre « tombés » malades du cancer en même temps, aucun n’a survécu, je suis la seule rescapée de ce naufrage intérieur, ce totem c’est le notre, je poursuis l’aventure seule mais bien déterminer à rassembler une tribu autour de moi pour que la vie et sa poésie continue de rayonner.
Et la création essentielle qui résulte de ce cheminement, c’est un conte pour enfants, édifiant !
La résilience selon BORIS CYRULNIK est l’art de rebondir à tout âge.
Définition de la résilience selon BORIS CYRULNIK:
» Capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit » d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes sévères ».
La création artistique est depuis mon enfance salvatrice dans ma vie, l’interprétation de FREUD concernant la sublimation est intemporelle et pourrait aider un grand nombre de personnes face aux épreuves de la vie.
» La sublimation modifie et déplace le but de la pulsion, qui de sexul devient créateur et utile à la culture, à l’universel. Au lieu de la décharge, la sublimation met la pulsion au travail, en œuvre dans un processus liant, donc du côté de l’Eros. » FREUD










TABLEAU » RENAISSANCE
Ce tableau a été réalisé au printemps 2022
.

A cette époque je retrouve de l’énergie, nous sortons du confinement, je décide de m’engager dans une réalisation grand format de 150x100cm.
La création s’est étalée sur 3 mois.
De nombreuses pauses sont nécessaires afin de retrouver des forces.
j’étais parfois debout, la toile posée au sol, parfois celle ci à la verticale appuyée contre le mur.
Lorsque la toile était sur le carrelage, je faisais corps avec elle, ses dimensions proches de ma stature faisaient écho à mon image, une sorte de miroir.
Ce qui renvoie au stade du miroir.
Le stade du miroir permet à l’enfant entre 6 mois et 2 ans de se reconnaître et pour Lacan il définit ce stade comme : la construction de notre identité qui se produit à travers la captation de soi dans l’autre .
Je me reconstruis doucement.
je me mets enfin debout, je sors dans la nature, je ramasse des feuilles, des brindilles, des pétales de fleurs, je les mets à sécher au milieu de mes livres.
Je fais des empreintes de ces feuilles avec du plâtre,( le plâtre synonyme de consolidation) je gratte la peinture avec des objets rouillés trouvés sur mon chemin, ce grattage m’inspire des signes, ces signes abstraits seront sur le haut du tableaux, symbole d’une dimension plus conscience, d’une appropriation du lien social, le signe fait sens.
Je pense aux peintures aborigènes, je feuillette régulièrement des livres de peintures.
La partie avec le plâtre offre une fondation solide à cette composition, elle se situe dans le bas du tableau, les feuilles, les brindilles comme fossilisées sont la mémoire de mon être profond.
Lors de mes balades près du lac pas loin de chez moi, je découvre la sécheresse du sol très présente dans notre région, ces craquelures se confondent avec mes fêlures, mes failles, lorsqu’un psychisme se lézarde il est proche de l’anéantissement.
La nature me fait sentir vivante, c’est l’empreinte de la vie, cette trace, je souhaite l’exprimer sur la toile, cette terre nourricière il est essentiel d’en fouler le sol.
La couleur… du bleu, le bleu est la première couleur que je souhaite représenter.
Le bleu devra être vibratoire, je vais tenter l’ expérience.
Le peintre Yves Klein a inventé un bleu : le IKB, le International Blue Klein.
C’est avec du pigment de ce bleu Klein que « j’opère » ce retour vers de la couleur.
Je fais de longues promenades à la plage, j’écoute les vagues, je regarde le ciel, je m’allonge dans le sable, il est encore frai, c’est le début du printemps, je rêve de plonger dans l’eau, j’adore nager, je remplis un sac de sable et plus tard de retour chez moi, avec un tamis je saupoudre la toile avec ce sable et le pigment bleu.
La peinture c’est comme cuisiner, trouver la bonne alchimie entre différents ingrédients.
Mon « Appart’ atelier » ressemble à un bivouac !
Régulièrement je m’assoie, je contemple l’ensemble, je souhaite évoquer un tableau avec plusieurs strates.
Ces strates sont l’emblème d’une restauration, les traces d’un vécu.
Des brindilles s’envolent comme une multitude de signes calligraphiques et certaines brindilles se reflètent dans une eau calme.
Du côté de l’interprétation du rêve, l’eau symbolise l’inconscient, la mère, le principe féminin.
Je prends des notes sur petits carnets, j’essaie d’éclaircir mon intention, je crayonne, je tourne autour de la toile…un pinceau, de l’encre, des couleurs, par moment rien ne va et c’est très déprimant!
Ne pas se décourager, prendre un petit café, espérer le retour de cette impression de connexion avec cet invisible qui nous guide, sans doute ce qu’on nomme l’inspiration, vaste sujet, quelle est cette main qui parfois nous guide, elle semble dépasser notre pensée, je l’ignore, mais quel bonheur lorsque ce souffle créateur nous accompagne!
Nous ne sommes pas seuls dans ces moments de grâce, les rêves sont aussi parfois une source d’inspiration.
Lors de ma période « entre les deux mondes », j’ai demandé au ciel de m’éclairer sur le sens de l’existence.
La nuit suivante j’ai fait un rêve extraordinaire, des mots d’une puissance rare se sont immiscés dans mon esprit endormi :
» L’âme est venue respirer l’air de la vie » .
Cette phrase en plein rêve devait éveiller en moi un sentiment de plénitude, un moment de grâce absolu durant plusieurs mois.
Merci…mais qui remercier…
Cette phrase, j’ai le sentiment qu’elle ne m’appartient pas, elle vient d’ailleurs et à présent elle respire au cœur du conte que je viens d’écrire.
Tel un palimpseste, d’évènements en évènements, d’accidents en accidents, de recouvrements en recouvrements, petit à petit l’inspiration me guide, j’ ignore le chemin, j’ai une intention de départ, puis l’arrivée est parfois pleine de surprises!
La grande question: qu’est ce que l’inspiration: un grand mystère…c’est la seule certitude.
Depuis l’aube des temps de nombreux créateurs, peintres, poètes, musiciens etc…s’interrogent, leurs écrits sont des pépites que je consulte régulièrement.
Paul KLEE
» La peinture ne reproduit pas le visible, elle rend visible »
Henri MATISSE
» Toute sa vie l’on doit être un enfant. L’essentiel est de travailler dans un état d’esprit proche de la prière. «
Pierre SOULAGE
» L’artisan sait toujours où il va, l’artiste pas forcément « .
La poésie nourrit ma création, la poésie qui transcende celle qui fait voyager dans les profondeurs de l’âme.
CHRISITAN BOBIN
un écrivain dont la poésie m’émeut infiniment:
« Un peintre c’est quelqu’un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec un chiffon de lumière imbibé de silence »
OMAR kHAYYAM poète perse:
» Sois heureux un instant cet instant c’est ta vie »
LI PO poète chinois:
» Un soir que je respirais le parfum des fleurs, au bord de la rivière, le vent m’apporta la chanson d’une flûte lointaine.
Pour lui répondre, je coupais une branche de saule, et la chanson de ma flûte berça la nuit charmée.
Depuis ce soir-là, tous les jours, à l’heure où la campagne s’endort, les oiseaux entendent répondre à leur chant, celui d’un oiseau inconnu dont ils comprennent cependant le langage. »
Depuis l’âge de 5 ans, la peinture chinoise et les estampes japonaises du mouvement Ukiyo-e résonnent en moi. ( c’est au calendrier des postes que je dois cette découverte! )
C’est d’ailleurs ce mouvement Ukiyo-e qui devait inspirer les impressionnistes.
Mouvement Ukiyo-e:
» Monde flottant « :
» Vivre le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et la feuille d’érable »
L’utilisation du mot Ukiyo représente »le monde impermanent » et pour qualifier les images le » (e)
Depuis toujours je peignais en écoutant de la musique, uniquement Jean Sébastien BACH au clavecin et le chanteur d’origine africaine Geoffrey ORYEMA.
Pourquoi Bach et le clavecin:
l’aspect « contenant » de Bach connu pour son rapport entre la musique et les mathématiques est peut-être nécessaire pour » structurer » mon espace intérieur.
Le clavecin est un instrument qui ne permet pas d’exprimer « la pulsion ».
Le clavecin:
Le clavecin est un instrument à cordes pincées qui a été développé au Moyen Âge et qui a atteint son apogée au XVIIIe siècle.
Les cordes du clavecin sont pincées (au piano les cordes sont frappées), le clavecin ne permet pas de variation de volume en fonction de la force de la touche. Le son produit est toujours d’une intensité égale quelque soit la force utilisée pour jouer.
Le son du clavecin m’apaise, un son immuable, sans surprise, toujours égal.
Se relier à l’invisible certains artistes y parviennent et nous donnent voir et à ressentir une parcelle de ce moment: BACH ouvre un portail vers le sacré, le Divin.
Je souhaite aller vers des créations « non expressionnistes », je ressens un risque de tomber dans le « pathos », d’infliger à l’autre un ressenti insupportable, un manque de pudeur, je préfère rechercher une forme d’expression tournée vers l’intériorité, acquérir une distance proche de la conscience de soi.
Toutefois je suis très sensible, comme spectatrice, aux tableaux de certains peintres expressionnistes,(Goya par exemple) .
un peintre qui trouve son « style », qui va au-delà du pathos, il rejoint » l’universel » il accède au « sacré « .
Quant au chanteur GEOFFREY ORYEMA je l’écoute pour la vibration exceptionnelle de sa voix, étrangement je n’avais jamais envisager d’aller à l’un de ces concerts( mais la vie allait en décider autrement.)
Certains hôpitaux diffusent ses chansons, sa voix aurait des vertus thérapeuthiques.
A propos de ce chanteur, que j’écoute depuis une trentaine d’années, je le découvre dans les années 1990 lors d’une émission à la télévision : » le cercle de minuit « , un de ses titres deviendra le générique musical durant plusieurs années de ce moment nocturne.
Cet artiste, qui a été ma source d’inspiration depuis tant d’années, la vie m’a offert de le rencontrer en 2017 alors que nous participions au même festival, je le découvre pour la première fois en concert et lui s’immerge dans mon film » L’âme silencieuse », ce moment ressemble à une « retrouvaille » humaine et artistique.
Nous décidons de faire un film ensemble sur la « vibration du son « , l’exil , l’Afrique… nous devenons amis, nous commençons l’écriture du scénario, nous envisageons le tournage du film en Ouganda, son pays d’origine.
Il est touché d’apprendre que son espace musical m’accompagne depuis tant d’années.
je lui propose un titre pour notre futur film : » Regarde le vent » il est enthousiaste, nous sommes sur la même longueur d’onde.
Nous échangeons beaucoup et notamment sur la notion de synchronicité de Carl Jung, en effet notre rencontre semble guidée par un fil étrange! une succession de coïncidences…
En décembre 2017 nous devions nous voir à Paris au centre Geoffrey Oryema, centre destiné aux réfugiés.( Geoffrey Oryema avait fuit l’Ouganda suite à l’assassinat de son pére, ancien ministre en Ouganda, tué par le dictateur Amin Dada. )
C’est précisément à ce moment que nous sommes tombés malades tous les deux du cancer, et malgré l’espoir que je conservais qu’un jour nous puissions nous retrouver et que cette création voit le jour, GEOFFREY ORYEMA s’est éteint la nuit du 21 juin 2018, le jour de la fête de la musique.
Au-delà de la tristesse que chaque deuil nous inflige, je m’interroge sur le sens de cette rencontre » in extremis ».
L’enseignement que je tire de l’ensemble des épreuves de la vie, c’est la « permanence » de » l’impermanence ».
Le concept de « synchronicité » dont Carl Gustave JUNG est à l’origine nous interroge sur le principe du « hasard ».
la synchronicité:
Carl Gustave JUNG parlera d’une unité des phénomènes implicite dans le principe de synchronicité: défini comme coïncidence signifiante suggère un rapport entre les phénomènes non reliés par la causalité, voire une unité de ces phénomènes et représente donc un aspect d’unité de l’être que l’on peut à bon droit désigner comme » unus mundus » (Monde Un).
Les écrits François CHENG ( écrivain, calligraphe, poète d’origine chinoise) sur le « vide et le plein », sur « la beauté » et notamment celui sur la mort, ont été une source régulière de réflexion:
FRANCOIS CHENG:
« La mort, bien sûr, c’est une force négative qui a fixé la condition tragique de l’homme, ça nous sommes tous d’accord.
Et d’un autre côté, la mort, à sa manière, est une force positive parce que c’est la mort qui permet de nous renouveler, c’est la mort qui nous oblige à nous transformer et à nous dépasser.
Cette idée d’unicité de notre être et de tous les instants de notre vie, c’est à cause de la présence de la mort. »
Je réfléchis, me questionne beaucoup, mais ensuite je dois lâcher l’intellect, pour retrouver la joie simple de l’enfance.
Ce n’est pas simple, c’est un tiraillement permanent entre matière et lumière.
Mon univers artistique est empreint de silence, de contemplation, de signes, de traces, de couleurs, de transparence, de reflet, de respiration et d’un temps suspendu.
Je me sens proche de l’art asiatique de cette époque de l’Ukiyo-e.
C ‘est une quête entre le vide et le plein, vers « UN essentiel ».
Une recherche permanente vers la poésie de l’image.
Ce tableau « Renaissance » est une archéologie sur mon monde intérieur, sur l’indicible, un chemin vers soi.
fiche technique: tableau sur toile 150 cm x100cm.
technique mixte: pigment, encre, acrylique, brindilles, feuilles, pétales, plâtre.




